On n'en revient pas intact

Entete

Nous sommes rentrés depuis cinq mois. Le clavier est difficile à reprendre, la page difficile à tourner. Caracol est dans les mains d'une autre famille. L'année 2012 s'est achevée. C'est ce qui nous pousse à clôturer ce site par cet article bilan promis mais sans cesse repoussé.

Alors, que gardons-nous de ce voyage ? Quels sont les moments les plus riches ? Qu'avons-nous préféré ? Revenons-nous changés ? Est-il difficile de revenir dans le quotidien ?

Pour vous faire une confidence, nous sommes rentrés mais nous n'avons pas encore réellement atterri. Après un bel accueil à l'aéroport et de belles retrouvailles en famille, avec les amis, bien souvent sous le thème "vins et fromages", nous avons réintégré notre maison et le rythme scolaire.

Consul

Le Consul en a bien profité (merci Lolo pour les photos)!

Pour résumer, on ne voit pas vraiment l'impact qu'une telle expérience a eu sur nous avant d'en être sortis et de s'être installés dans la vie "normale" : ce n'est qu'à ce moment-là que l'on commence à remarquer que tous nos placards intérieurs sont rangés différemment.

Nous sommes profondément enrichis de cette aventure, de ce que nous avons vécu, de ce que nous avons vu, des rencontres que nous avons faites. Au delà de tout ce que nous avions pu imaginer. Nous nous sentons considérablement chanceux d'avoir pu prendre le temps et fiers d'y être arrivés.

Avant toute chose, le mode de voyage que nous avions choisi nous a parfaitement convenu. Notre Caracol était à la fois notre maison, notre voiture, notre refuge, notre cocon. Nous avons aimé par-dessus tout la liberté, le confort et l'autonomie que le voyage en camping-car procure. Cette envie de grands espaces, seuls au monde, c'est ce qui nous tenait le plus à cœur avant de partir, ce qui nous animait. Nous avons été comblés. Et sans avoir besoin de se concerter, rien que pour cette raison, Nicolas et moi, nous re-signons illico, pour pouvoir passer quelques nuits à la Laguna Los Pozuelos, aux Puntas Flecha et Ninfas, à la Playa Pardelas, sur la route des 7 lacs (Argentine) ou à la Laguna Céjar, dans la Valle Chacabuco, au pied du volcan Conguillo (Chili), sur le Salar d'Uyuni et dans le parc du Sajama (Bolivie), sur la plaine de Moray ou dans la réserve de Paracas (Pérou), au pied du Volcan Cotopaxi (Equateur), sous les cocotiers du parc Marino Ballena (Costa Rica), sur les plages de Los Frailes, Requeson, Juncalito (Mexique ; là, y’avait du monde mais c’était trop bien quand même !), dans la Valley of the God, aux abords de Canyonlands NP, à Devil’s Garden ou devant Lone Rock au bord du Lac Powell (USA), ou encore dans le petit port de Blue Rocks à Lunenburg (NS, Canada) …

Bivouac

Nous n'oublierons jamais les pires pistes que nous lui avons fait encaisser (la piste entre Samaipata et Sucre et la route des missions jésuites en Bolivie, la RN 3 argentine avec le vent de travers et quelques portions de ripio atroces de la route 40 nous demandant de rouler à côté d'un beau bitume flambant neuf, les 10 derniers kilomètres de la piste des Geysers du Tatio au Chili, quelques centaines de kilomètres de la Carretera Australe, les virages de la route de Medellin en Colombie, toutes les routes mexicaines avec leurs abominables topes ;-)...) comme les plus belles : le Paso Roballo, la Quebrada de los Flechas, la route de Santiago à Mendoza, la laguna Brava et quelques portions de la route 40 en Argentine, les cendres du Conguillio, le Paso de Jama entre Argentine et Chili, la Carretera Australe au Chili et son impression de matin du Monde, la piste du Sajama en Bolivie, la route 12 entre Bryce et Moab aux USA, la Route 40 avant Canmore et la route 1 entre Banff et Jasper au Canada.

PireRoute

Les pires routes comme les plus belles

BellesRoutes

Mais plus que tout, ce sont les Andes et les Rocheuses qui nous ont guidées, qui ont été la colonne vertébrale de notre voyage. Comme si nous avions besoin de cette relation à la montagne pour nous tenir, nous soutenir, nous porter, nous, qui avons toujours vécu avec comme repère les Pyrénées en toile de fond.

LesAndes

Les Andes

LesRocheuses

Les montagnes nord-américaines

Nous avons eu quelques rendez-vous manqués (le Pantanal au Brésil, le Sud Lipez en Bolivie, la Cordillère blanche du Pérou, l’Amérique Centrale en général, le lac Atitlan au Guatemala et Monument Valley aux USA) et de belles surprises auxquelles on ne s'attendait pas (la réserve de Paracas au Pérou, les Estéros del Ibera en Argentine, la région de San Cristobal de las Casas et la Baja California au Mexique, la région des canyons du Grand Staircase-Escalante National Monument aux USA, la ville de Cartagène en Colombie ...).

A propos des pays que nous avons traversés, on nous demande souvent ce que nous avons préféré, ce que nous n’avons pas aimé. Il est impossible de répondre de manière objective ou même exhaustive à cette question. Malgré tout, laissons-nous aller à cet exercice de style :

Nous avons aimé : l'Argentine pour ses fabuleux paysages (la Patagonie, les Andes et le Nord-Ouest), son ciel magnifié par le vent patagon, ses gens latins et chaleureux, sa viande et son vin ; le Chili pour sa nature intacte, ses montagnes sculptées au vent du Pacifique, le vert de ses araucarias, ses empanadas de pino et là encore son vin ; la Bolivie pour la beauté des paysages de l'altiplano et ses scènes rurales comme figées par le temps, l'immensité blanche du Salar d'Uyuni et les couleurs révélées par les vêtements traditionnels indiens ; le Pérou pour sa richesse culturelle, la vallée sacrée des incas, son ceviche et le pisco (même si on ne sait toujours pas s'il est chilien ou péruvien) ; l'Equateur pour le sourire de ses habitants, ses fruits (ah le régime de bananes à 1$...) et les Galapagos pour le contact avec leur faune extraordinaire ; la Colombie pour son café, la gentillesse des colombiens et les ruelles de Carthagène ; le Costa Rica pour la beauté de ses plages et ses couleurs vertes ; le Mexique pour ses villes coloniales, ses couleurs, ses pyramides, ses tacos, sa tequila, les baleines et les plages de Baja ; les Etats-Unis pour leur contraste, la beauté des parcs nationaux de l'Ouest, les espaces de liberté et la proximité avec les animaux ; le Canada pour ses ours, ses Rocheuses, son Québec et les provinces maritimes.

Nous n'avons pas aimé : la poussière des pistes qui s'infiltrait dans Caracol, la lenteur des chasse-neiges chiliens, les supermarchés brésiliens, les flics corrompus boliviens (tous!), les garages péruviens, le dénivelé brusque équatorien, les virages des routes colombiennes, l'américanisation du Panama, les vieux américains venant s'encanailler avec de jeunes ticas au Costa, l'omniprésence des armes en Amérique Centrale (ah, faire le plein entouré de 2 gardes armés de kalachnikovs !), les topés, encore les topés, toujours les topés mexicains, les dentistes costaricain et mexicain, le gaspillage et la frénésie de consommation aux USA, le peu d’espaces publics en libre accès dans les grands espaces canadiens. Et la misère, la grande misère que l'on retrouve partout, des caravanes cuisant sous le désert du Nevada aux bidonvilles jouxtant toutes les grandes villes d'Amérique Latine, en passant par ces terres agricoles appartenant à de grands propriétaires terriens sur lesquelles les paysans souvent faméliques, toujours sous-payés, vivent sous des bâches au bord des routes. La misère qu’il faut encaisser.

Pour clore cette partie, nous avons aimé cette traversée d’un continent du sud au nord, cette ascension sur une échelle aux barreaux gradués en degrés de latitude, ce positionnement par rapport au monde.

Plus que tout, LA découverte inattendue de ce voyage fut peut-être la découverte d’une nouvelle dimension, un nouvel espace temps où la notion même du temps qui passe est différente et fait vivre le voyage à travers un prisme déformant dans lequel l’important n’est plus ce qu’il était avant. Difficile à décrire, difficile à appréhender sans l’avoir vécu.

Voyager c’est aussi rencontrer. Et nous en avons faites de belles rencontres ! Les enfants et la pratique de la langue ont bien entendu facilité le contact avec les habitants des pays traversés. Notre mode de voyage également puisqu’il nécessite de « s’impliquer ». Tout cela est toutefois à tempérer dans certains coins car nous restons et resterons des européens avec notre niveau de vie tellement en décalage, notre véhicule dont le prix représente plusieurs années de salaire, et la question « pourquoi faites-vous cela ? » nous fut souvent posée. Que répondre à cela lorsque nous discutons avec le maire d’un village poussiéreux des basses terres boliviennes ou autre?

Et puis il y a eu les rencontres avec d’autres voyageurs. Poncet et Janichon du Damien disaient qu’une seule nuit à discuter avec d’autres navigateurs valait cent rencontres à terre. On peut facilement transposer cette remarque dans le monde du voyage au long cours. Ces rencontres, parfois éphémères, souvent intenses, furent de vraies respirations dans ce voyage. S’aider, se découvrir, s’ouvrir, construire parfois des amitiés qui resteront, nous en sommes sûr, durables. Aller à l’essentiel. Ne pas tricher ou se cacher derrière des convenances. Raconter rapidement ces choses qu’on ne concevrait dévoiler qu’après longtemps là-bas. Découvrir des personnes venant de milieux sociaux culturels ou générationnels tellement différents, partageant ce point commun qu’est le fait de se lancer, de prendre la décision d’y aller !

Rencontre

Voyager c’est aussi changer, se transformer. Cette expérience a développé notre confiance en nous, notre capacité à réagir face à un problème. Nous avons dû nous dépasser, prendre des risques. Nous adapter. Nous nous sommes prouvés que nous pouvions vivre dans des conditions spartiates (avec 40 litres d'eau par jour à quatre, dans 12 m2, sous toutes les latitudes et conditions météo) et que ça nous allait bien. Ce ne fut pas tous les jours idylliques (nous l'avons suffisamment relaté dans nos récits) mais cette vie-là fut très vite, au bout de quelques mois, une évidence, notre normalité.

Nous voulons aussi par ces quelques lignes rendre hommage à nos enfants. Titouan, Estéban vous avez rendu ce rêve encore plus beau. Nous sommes fiers de vous. Fiers de votre regard sur le monde, de votre endurance, de votre facilité d'adaptation à toutes les situations. Vous avez goûté à toutes les préparations culinaires du continent (et survécu aux microbes gastrorésistants … en y laissant quelques dents !). Vous êtes ouverts, allez facilement vers les autres. Ce n’était pas évident de se faire des copains sur toutes les places des villages du continent et pourtant vous y êtes arrivés avec votre langage franco-espagnol, un sourire, des gestes … Nous n’oublions pas que cette escapade vous a demandé des concessions, d’être loin des copains et de la famille, de ranger vos jouets et de n’en prendre qu’un petit nombre. De plein pied dans la décroissance ! Incollables sur l'histoire des incas et des mayas plus que sur celle de la Gaulle, vous avez survécu à l'école réalisée par vos parents et ça ... ça vaut toutes les tempêtes cycloniques du monde !! Nous espérons que vous garderez dans vos mémoires l'atypicité comme la simplicité de ces instants mais surtout la preuve qu'il est possible de réaliser ses rêves ... Que c'est souvent une question de choix. Nous sommes persuadés que les rencontres, les lieux, nos moments partagés à quatre vous ont richement nourris pour toujours. Alors, nous sommes heureux de vous avoir procuré cette nourriture-là.

LesLoulous

Enfin, ce voyage s'est déroulé aussi au plus profond de nous-même. Nous revenons en apparence les mêmes, mais nous n'en revenons pas intacts : comme nous le disions en introduction, quelques placards intérieurs ne sont pas ordonnés de la même manière ;-). Bien souvent nos pensées s'évadent vers ces lopins de terre qui nous ont émerveillés, vers ces rencontres que nous avons partagées, vers ces moments de vie à quatre qui nous ont comblés.

La vie d'avant n'est pas si facile à reprendre que cela. L'euphorie des retrouvailles nous a tenue en haleine un certain temps. Puis … Nous avions beau s'être préparés au retour, il n'est pas si simple.

Alors, en attendant, nous nous aérons la tête en profitant de nos chères et belles Pyrénées … jusqu’à la préparation d’un prochain projet, peut-être ?

"Parfois on regarde les choses telles qu'elles sont en se demandant pourquoi,

parfois on les regarde telles qu'elles pourraient être en se disant pourquoi pas."

Vanessa Paradis - Il y a

Bigorre

 

Le trajet

 

googlemapsExemple

Voyage terminé,

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Les pas du Consul

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RockyMountains

Rocky Mountain, Colorado, USA

 


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