Con Mucho Gusto !

Du 7 au 23 novembre 2011

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De la Colombie nous ne connaissions que les FARC, la coke, l’enlèvement d’Ingrid Betancourt et … tout de même une chose positive : le café ! Malgré cette réputation sulfureuse, nous nous apprêtons à traverser ce beau pays à la réputation injuste.

Traverser la Colombie c’est rajouter 2000 kilomètres au compteur en affrontant des pluies diluviennes sur des routes de montagne étroites qui font penser aux montagnes russes, où les camions et les bus sont rois. Une vraie partie de plaisir pour l’unique conducteur de Caracol, à savoir Nicolas. Moi, j’ai renoncé avant même d’y avoir pensé !

Une montagne aux accents guerriers

Juste avant notre passage de frontière, nous apprenons par un mail d’Hugo que le chef des FARC vient d’être tué deux jours précédemment. Mon ventre se serre. Moi, qui avais dit à Nico quand nous en étions qu’aux balbutiements des préparatifs du voyage, que  « je ne passerai pas par la Colombie ! ». Mais, parmi les enseignements du voyage, s’il y a bien un principe à retenir, c’est qu’il ne faut pas en avoir …

Doit-on continuer le chemin en ces temps de situations politiques tendues ? La partie la plus dangereuse est au sud du pays, celle donc que nous nous apprêtons à traverser dans l’immédiat. C’est le repère des guerrieros, des trafiquants d’armes.

Nico est confiant. Moi, je crains la rébellion. Et avec notre roulotte qui se repère de loin avec marqué en gros dessus « FRANCE », c’est un peu comme si un éléphant voulait passer inaperçu dans un cirque en traversant la piste ! Le comportement des policiers et douaniers à la frontière me rassure. Ce sont peut-être les plus sympathiques auxquels nous ayons eu à faire depuis le début du voyage. Nous nous assurons de la sécurité sur les routes. Si nous respectons les consignes c’est-à-dire : ne pas rouler de nuit, dormir dans des endroits sécurisés (tant pis pour les bivouacs sauvages) et se renseigner sur l’état des routes, « no se pasara nada » me disent-ils. Bien. Puisque vous le dites, mes chers messieurs.

Dans la première ville après la frontière, une voiture s’arrête à notre hauteur. « Donde viene ? y donde va ? »... « Bienvenidos en Colombia !» nous lance gaiement le chauffeur avec un large sourire. Son comportement me détend les traits et me réchauffe le cœur. Autrement dit : Bienvenue en Colombie ! Tout notre séjour sera à l'avenant. Les colombiens nous accueillent avec le sourire et engagent facilement la conversation. Ils sont fiers que nous visitions leur si beau pays, bien conscients de la réputation qu'il détient à l'étranger.

Encore plus qu’en Equateur, nous sommes regardés avec questionnement. Les Colombiens ne connaissent pas les casa rodante. Leurs mâchoires tombent sur notre passage comme le loup de Tex Avery. Faut croire que Caracol leur fait l’effet d’une pin-up ;-).

Plus loin, un autre automobiliste nous voyant perdus fait un détour pour nous accompagner jusqu’à notre route avec un grand sourire. Quand on le remercie, il nous dit « Con mucho gusto ! », cette expression chaleureuse sur toutes les lèvres des colombiens qui a quelque chose de similaire avec notre « avec plaisir ».

Pourtant, le jour suivant, tout va de travers. La loi de Murphy ne nous lâche pas. Il a plu toute la nuit, d’une pluie tropicale tellement assourdissante dans la capucine que nous avons eu du mal à dormir. Le stress de la journée qui nous attend y aussi pour quelque chose. Il nous est recommandé de ne surtout pas nous arrêter sur les 240 km que nous avons à parcourir d’une seule traite. La région est  un des repaires des FARC. Nous décollons à 8 heures. Les routes sont défoncées et la pluie a provoqué de gros éboulements. Le brouillard est bien présent le matin donnant à l’ambiance un côté un peu plus mystique et nous obligeant à rouler à 40 km/H. L’absence de circulation nous met la puce à l’oreille sur le caractère « difficile » de cette portion de route. Les militaires, sur certaines zones, sont postés tous les kilomètres.

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On ne sait pas trop si leur présence nous rassure ou au contraire nous inquiète de plus belle. Ils lèvent le pouce à notre passage. Nous, qui nous croyons des stars de nouveau, nous apprendrons plus tard que leur geste signifie que la voie est sûre. Bien.

En chemin, comme si la tension n’était pas déjà suffisante, on s’aperçoit qu’on a une petite infiltration sur le toit. Et pour en rajouter une couche, le voyant des injecteurs s’allume à nouveau. Ahh, le cauchemar ! Sur la portion de route la plus dangereuse que nous ayons emprunté en Amérique du Sud. Manquait plus que ça. Nous prenons les choses avec flegme. On va trouver une solution. L’important est de sortir de cette portion de route. Pour une fois, les garçons sont calmes malgré la tension. Ont-ils enfin compris ?

Les paysages que nous traversons sont de toute beauté. Les vallées sont profondes et la végétation est dense. On comprend qu’il soit aisé de s’y cacher.

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L’après-midi, notre bonne humeur revient avec le soleil. Nous arrivons à 13 heures à Popayan, la ville  blanche. Cela nous laisse le temps de faire les réparations. Dans une ambiance inexplicablement sereine (même pas une petite engueulade…), nous trouvons la cause de l’infiltration : le coffre de toit, mal équilibré, en 10 mois, à forcé sur la barre de toit créant une petite fissure. Une bonne couche de Sicaflex plus tard, nous voici à l’abri. Du coup, le coffre de toit trouve tout naturellement sa place sur le porte-moto (décidemment, on a vraiment bien fait de le laisser ce porte-moto !). Pour ce qui est des injecteurs, quelques millilitres de nettoyant suffisent à faire sortir la crasse et notre Caracol repart de plus belle. Fausse alerte, on devient paranos.

Les ennuis réglés, nous partons à l’assaut de la ville. Popayan a beaucoup de charme et il y règne une grande tranquilité.

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La blancheur immaculée de ses bâtiments et de ses églises, rendus féériques éclairés par les réverbères à la tombée de la nuit, finit de nous apporter la sérénité après cette journée tendue. Nicolas retrouvera même complètement le sourire devant la beauté des colombiennes dans les rues de la ville. Il décrète qu’il va s’installer en Colombie, maintenant, Monsieur !

Nous retrouvons en ville Raphaëlle et Franck que nous avions doublé quelques heures plus tôt sur la route : ils viennent de parcourir l’Amérique du Sud à vélo en une année. Quel mérite et que de courage ! Nous passons une bonne soirée en leur compagnie au restaurant, échangeant mutuellement sur la traversée de cette fameuse route, la beauté des paysages et la gentillesse des colombiens.

Un petit café ?

Amateurs de café, nous décidons d’aller faire un tour dans la région du Quindio. Sur la route pour rejoindre notre destination, nous traversons la grande ville de Cali, où les principes de circulation nous laissent pantois. A la sortie de la ville, nous voyons un IVECO. On s’arrête pour acheter un filtre à gasoil supplémentaire. Notre arrêt entraînera la visite de fond en comble de notre Caracol par tous les employés et la prise en photo de notre « increible casa rodante ». La dernière fois qu’ils en ait vu une, c’était il y a six ans : un couple d’italiens s’étaient arrêtés…  Après ces entrefaites, nous repartons avec tous les encouragements du staff, les enfants coiffés de casquettes à l’effigie de la marque et nous avec des stylos.

Arrivés dans la région du café, il est plus difficile que l’on pensait de trouver un endroit où passer la nuit. La zone est très touristique et les fincas/hostal (fermes) nous demandent un prix exorbitant.

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Après la 6ème demande infructueuse, nous tournons à droite au hasard. Un panneau signale à priori la visite d’une exploitation. Le chemin est abrupt et étroit et arrivés dans l’enceinte de la ferme, apparemment, nous prenons tout le monde au dépourvu avec nos deux demandes : la visite puis la possibilité de passer la nuit sur le site. Au bout d’une heure, l’administrateur arrive dans un pick-up chargé de sacs de graines de café. Andres, est un jeune de 25 ans. Il nous invite à rester. Tout en nous accompagnant jusqu’à Julian, le responsable du laboratoire de recherche sensorielle, il nous explique qu’il a été embauché il y a 3 mois pour gérer sept fincas comme celle-ci : administratif, gestion du personnel, gestion de la qualité de chaque domaine. Tout repose sur ces jeunes épaules !

La visite de Julian est passionnante : lui, son rôle c’est d’améliorer la qualité du café et de sensibiliser les « cafeteros » à cela. Il faut savoir que 90% de la production du café colombien est exportée alors qu’il est encore vert. Ce sont les pays acheteurs qui le grillent eux même. Julian nous explique le triage, les assemblages, les arômes, les tests qu’il effectue.

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Forcément, il nous fait goûter (même Estéban et Titouan ont trempé les lèvres).

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Et forcément, c’est le meilleur café que nous ayons bu depuis onze mois. Pour finir notre bonheur, il nous offre gracieusement du café de la finca fraîchement moulu (qu’ils ne vendent pourtant pas).

En échange, nous faisons visiter notre coquille à toute la finca. Nous nous endormons sous les roseaux, à côté d’un champ de caféier avec pour seuls bruits celui des oiseaux et de l’orage qui éclate plus tard dans la soirée.

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La gentillesse des colombiens n’est pas un mythe. Nous sommes sous le charme.

Après une nuit pluvieuse, nous partons à quelques kilomètres de là, vers le beau village de Salento

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et ces maisons typiques.

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Le soir, on dort dans un camping. L’orage éclate dans la soirée. Un déluge d’eau comme jamais on n’en a vu s’abat sur nous. Ainsi, les garçons connaissent la joie de se doucher sous la pluie : qui du pommeau ou du ciel déversera le plus d’eau ? Le ciel a gagné.

Les deux journées suivantes sont inintéressantes et harassantes. La route est difficile (en lacets qui montent et descendent et remplie de camions impossibles à doubler) ; elle est réputée sécurisée mais faut faire attention quand même. Les militaires, avec leurs blindés, sont beaucoup plus détendus que dans le sud. Titouan et Estéban vont d’ailleurs se faire expliquer le fonctionnement d’une automitrailleuse auprès de son équipage qui, pour l’occasion, posent négligemment leur fusil d’assaut à côté d’eux … J’adore.

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Baignades et repos dans la mer des Caraïbes

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Au bout du bout, la récompense est là : les Caraïbes ! Dans le petit village de Tolu où nous nous posons, il y a un monde fou à cause d’un long week-end férié. Heureusement, nous sommes à l’écart dans un camping au calme. Sieste, plage, body board, jeux de sable, manucure, pédicure et repos dans les hamacs sous le quincho seront nos principales activités pendant trois jours. Les noix de coco tombent à nos pieds dans le camping.

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Y’a mieux au niveau de la propreté des plages et de la couleur de l'eau mais elle est à 28°C, alors que demander de mieux ?

Le temps est tropical : chaud et humide ! Dés le petit matin, nous sommes en nage, transpirants. Les moustiques s’en donnent à cœur joie sur nos corps blancs. Nous sommes couverts de boutons malgré les répulsifs. Le pire reste les jejenes, ces minuscules bestioles qui nous arrachent une partie de peau et dont la morsure gratte pendant des jours et des jours.

Preciosa Cartagena

Puis, nous parcourons notre dernière portion de route colombienne jusqu’à Cartagena. Nous avons rendez-vous avec notre transitaire pour faire passer par voie maritime Caracol au Panama. En effet, il n’y a pas de route qui relie la Colombie au Panama. Et les armateurs en profitent : la journée de traversée nous coûte plus cher qu’un mois de traversée de l’océan atlantique !!! Une honte. Mais comme il n’y a pas de concurrence …

Encore une fois, nous sommes maffrés avec les transports en bateau. Notre bateau a été annulé et le suivant qu’on nous affecte prend au final quatre jours de retard. Ca ne vous rappelle rien ?

Alors, nous profitons de la douceur de vivre de Cartagena, entre un beau bivouac sous les cocotiers au bord de l’estuaire face au quartier illuminé de Bocagrande

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et un hôtel colonial qui a mal vieilli.

Cartagena est sans aucun doute, de notre avis à tous les quatre,  la plus belle ville coloniale de toute l’Amérique du Sud. Elle mérite à elle seule un voyage en Colombie.

Les garçons se régalent au musée naval.

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Nous déambulons sans crainte dans les rues de jour comme de nuit.

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Adrianna et Hugo, qui nous avaient précédemment invités dans la famille d’Adrianna, devant nos déboires, nous font l’honneur de venir de Baranquilla (à deux heures de route) pour passer une journée avec nous et nous dire au revoir.

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Adrianna nous guide brillamment ( ;-) dans les dédales de la ville pendant qu’ Hugo amuse les enfants. Nous passons une très agréable journée en leur compagnie et malheureusement, le soir venu, c’est l’heure de se quitter, pour de bon cette fois.

A  l’hôtel, nous patientons, pendant que Nico se plie docilement aux différentes étapes de la paperasse, de la douane, des contrôles anti-narcotique et anti-intelligence … en se baignant dans les eaux chaudes des Caraîbes.

Par un malencontreux incident qui me rend fautive mais que je tairais ici car il me porte préjudice ;-), nous faisons la connaissance de Benjamin, Adjoint de Chancellerie à l’Ambassade de France (ahh, les titres pompeux de l’administration française …). Il séjourne dans notre hôtel. Si bien qu’en deux temps trois mouvements, nous accomplissons là, sur le bout d’une table, les formalités administratives pour voter l’an prochain ! Monsieur le Maire, vous voilà rassuré. Et merci Benjamin de ton efficacité !

Enfin, le 23 novembre, notre bateau quitte le port de Cartagena pour le Panama. A notre tour, nous quittons la Colombie et par la-même l’Amérique du Sud après dix mois de caracolades, de rire, de pleurs, d’émotions, de joies, de rencontres et de partage. C’est sûr, nous en sortons enrichis, nourris et même certainement grandis. L’Amérique du Sud avec ses belles montagnes, les Andes, qui, comme des aimants, nous ont attirées tout au long de notre périple. Avec ses habitants parfois austères, souvent chaleureux, toujours authentiques, aux coutumes traditionnelles mais aussi aux modes de vie contemporains,  … en tous cas, le plus souvent généreux et résolument attachants.  Cette Amérique, latine, qui nous a séduite dés nos premiers pas dans la belle Buenos Aires et qui a continué de nous émerveiller jusqu’à l’éblouissante Cartagena. Nous en garderons un souvenir impérissable.

La vie à bord :

L’école a repris en septembre avec ses hauts et ses bas. Et mon apprentissage de la guitare est plus dans les bas que dans les hauts. Stef, Lolo, c’est pas demain qu’on va improviser un buff. Notre rythme de vie a bien changé. Le passage des différents fuseaux horaires (à l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes au Nicaragua) nous a décalé vers le rythme des gallinacées.  P.....g  c.. (oui, messieurs, mesdames, ce gros mot prend un g à Toulouse !), nous adoptons le rythme des Marcillac !!!!  Quand à Estéban, il fait du rabe, puisqu’il fait ses deux bonnes heures de sieste quotidienne, qui nous font du bien à tous ;-).

La vie à quatre nous apporte toujours autant de grands bonheurs que de difficultés liées à la promiscuité. Depuis longtemps déjà, dans nos esprits, nous ne nous sentons plus « en voyage » mais dans la vie, dans le quotidien. Nous ne trouvons plus singulier de prendre des douches tous les 3-4-5 … 6 jours ! (bon, ok, je fais un peu la marseillaise, là). Douches que nous prenons bien évidemment avec 4 litres d’eau chacun. Il nous est parfaitement accoutumé de ne changer de vêtements que lorsque cela est nécessaire ;-). Boudu, mais ma parole, on devient de vrais sauvageons !

La vie, dans nos dix mètres carrés, nous est on ne peut plus naturelle, même s’il nous arrive régulièrement de vouloir en jeter un de nous quatre par la fenêtre ;-) ! Ce que nous adorons par-dessus tout c’est la liberté qu’apporte le camping-car pour faire des bivouacs sauvages, avec une préférence pour ceux où nous sommes seuls au monde. Et bien évidemment, le bricolage et la mécanique n’ont plus de secret pour mon Nicolas, qui bien que non vêtu d’un bleu de travail, n’en reste pas moins sexy !

Quand à la nourriture, nous traversons une période où nos papilles sont mises à rude épreuve. Le modeste coût des repas au Pérou, Equateur et Colombie nous a amené à déjeuner régulièrement dans des comedor (restaurant populaire) au détriment d’une diversité dans le choix des menus : poulet, riz et haricots rouges, agrémentés d’une soupe, sont notre quotidien. Autant être sincère : ON N’EN PEUT PLUS du riz et du poulet !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Heureusement, la variété des fruits exotiques, tous plus succulents les uns que les autres, a compensé cette carence. Bien évidemment, bien qu’en manque d’un bon vin rouge, nous ne nous laissons pas abattre devant les cervecitas. On ne perd pas la main de ce côté-là ;-).

CinéCaracol

Et maintenant, un petit aperçu vidéo de la colombie!

Itinéraire

Voilà en gros l'itinéraire que nous avons suivi entre la frontière et Cartagena.

 

Le trajet

 

googlemapsExemple

Voyage terminé,

Cliquez sur la carte

pour voir le trajet.


 

Les pas du Consul

Cliquez sur l'image pour voir le carnet de voyage du Consul

RockyMountains

Rocky Mountain, Colorado, USA

 


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